Tous les moulins de mon coeur…

Bonne nouvelle dans cette période maussade : le père Noël existe. Du moins, il a existé ! Je l’ai rencontré, tranquillement installé sur une des branches sommitales de notre arbre généalogique… Noël de par le prénom qu’il a reçu le 16 février 1690, jour de sa naissance… Et père, de par sa nombreuse descendance. Pas moins de 8 enfants sont nés de son mariage en 1718 avec Louise EVEILLART à Plaintel, un petit village à une quinzaine de kilomètres de Saint-Brieuc.

Mises à part ces spécificités, très anecdotiques pour l’époque, Noël présente la particularité d’être le dernier des laboureurs de notre lignée GICQUEL… Avant lui, une poignée d’ancêtres se sont échinés à brasser la terre et à pousser la charrue… Mais attention ! sans être malheureux pour autant ! Avec leurs animaux, ils étaient sûrement moins miséreux que les autres, mais bon, on va pas se mentir, ça n’était pas non plus Noël tous les jours…

Est-ce pour cela que Julien, 2ème fils de la famille, décida de s’établir à 12 km de là ? Ou est-ce son union avec Pélagie, une fille du pays, qui lui donna des ailes et lui offrit l’opportunité de changer de vie ? Toujours est-il qu’en 1765, ni une, ni deux, il se marie à Lanfains et y devient le premier meunier de la lignée. Il entre comme dans un moulin dans celui de la Ville Cadio, dont il devient -selon toute vraisemblance- l’heureux exploitant. En effet, avant la Révolution, rares sont ceux qui deviennent propriétaires. D’ailleurs, pour compléter ses revenus, en plus d’être meunier, notre Julien était aussi agriculteur…

Durant les 15 ans qui suivront, la famille s’agrandit et les enfants se multiplient comme des petits pains, à raison d’un tous les 2 ans… Il y en aura 9 en tout, dont 4 n’arriveront pas à maturation… décidément, les temps sont durs…

Jean Marie est en fait le seul garçon rescapé… Profitant de cette aubaine, il part se marier en 1798 à l’Hermitage (8 km de Lanfains) et le temps de prendre sous le bras femme et enfant (un seul pour le moment), le voilà installé à Saint-Carreuc (12 km, plus au nord cette fois)… Là, histoire d’apporter un peu plus d’eau à son moulin, il en change : après avoir occupé le Moulin Rolland pendant un ou deux ans, il prend racine au Moulin des Houssais pour une trentaine d’années. Du couple qu’il forme avec Catherine TARDIVEL, qui toute ménagère qu’elle fût a bien dû s’accommoder d’une vie à la sauce meunière, naissent 10 enfants, dont 7 garçons ! De quoi bien se rouler dans la farine en famille…

De fait, trois des quatre garçons survivants deviendront meuniers, dont Joseph, notre ancêtre, qui après s’être marié à Plaintel avec Jeanne AUBRY, continue à travailler au Moulin des Houssais, avec son père. Quand ce dernier décède, Joseph et Jeanne, qui ont alors « seulement » deux enfants (des fils), vont s’installer à Plémy, au Moulin de Cohorno. Impossible de dire à ce stade s’ils en sont propriétaires. Toujours est-il que Joseph a 40 ans et qu’il a encore un peu de grain à moudre avant que ses fils prennent la relève.

Ce qui ne manque pas d’arriver : en 1851, à 16 et 14 ans, les voilà déjà « garçons meuniers ». Mais suite à la vile défection de son frère (mort à 17 ans), c’est François notre ancêtre qui reprend la main au décès du père. Pas question de s’endormir sur ses lauriers avec un moulin qui va parfois trop vite, parfois trop fort… Le couple que François forme après 1861 avec Mathurine CADIN donne naissance à 3 fils (bingo ! Carton plein !) qui deviennent meuniers à leur tour au Moulin de Cohorno.

Mathurin, notre arrière grand-père, aîné des 3 fils, se marie en 1886 avec Victorine AGAR. Ils ont ensemble 8 enfants dont notre grand-mère, Jeanne GICQUEL… Ils habiteront non loin du moulin jusqu’au décès de Mathurin. Puis Victorine quittera le moulin pour s’installer chez Virginie, sa fille cadette, jusqu’à sa mort en 1940.

Laissant entrevoir un brin de nostalgie, Jeanne écrit au sujet de sa famille : « Les grands parents et leurs trois fils étaient unis et travailleurs. Tous trois eurent une petite ferme en se mariant : mon père, à Cohorno, un peu au dessus du moulin et de l’étang, cultivait 20 hectares. Mon oncle Jacques eut le moulin, mon oncle Jean une ferme à Moulouet, à un kilomètre de ses frères. L’oncle Jacques et la tante Marie eurent deux filles. L’oncle Jean et la tante Anne, un fils. [En 1979] il ne reste plus que des petits enfants. […] A Cohorno, au Moulin, à la Hazaie, on retrouve le passé : les murs sont les mêmes, le paysage aussi, le moulin ne tourne plus, l’étang est devenu prairie, à peine un petit ruisseau laisse passer un filet d’eau que cachent les fougères et ajoncs des talus. […] Il me reste le souvenir d’une chaleur incomparable, celle d’une affection pure et joyeuse. »

Photo 1 : Moulin de Cohorno en 1979 (source : archives familiales) – Photo 2 : Moulin Rolland, aujourd’hui maison (source : Bretania.bzh)

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