Si j’étais un être humain, je serais… un ARBRE

Qu’est-il au monde de plus universel que l’arbre ? Sinon l’eau et l’air, auxquels personne ne vient même à songer tant on boit et tant on respire. L’arbre est un vieux décor qu’on ne remarque plus. Comme la statue du square d’à côté nous voit trotter à nos affaires, la tête ailleurs. […] Et puis un beau matin, une lumière, une odeur, un faux pas, un petit événement les sortent de l’anonymat. Telles ces choses familières que nos yeux ont usées, qu’on redécouvre, comme si, soudainement, elle avaient retrouvé l’éclat du passé. Alors l’arbre verdoie, la statue se redresse.

Au fond des promenades, le chien aboie, la vache meugle, l’oiseau s’envole. L’arbre ne quête rien. Ni regard ni caresse. Il n’a pas d’yeux pour accrocher les nôtres. Immobile, sourd, aveugle, l’arbre est ailleurs. Entre deux mondes, brassant l’air et remuant la terre. Entre morts et vivants. Et qui pourrait bien affirmer lesquelles, des branches ou des racines, arriment mieux son fût ? Cette colonne jetant un pont entre l’obscur et la clarté.

Portrait des arbres / Mary-Gérard VAUDE – éd. France Loisirs – Paris, 2004