L’évolution de l’espérance de vie

De temps en temps, j’aime bien me pencher sur les statistiques liées aux données généalogiques que je saisis dans mon logiciel sinon préféré, du moins attitré (je pense en changer bientôt). Outre le fait que je peux ainsi apprendre que j’ai à présent une base de données contenant 4186 individus et 1080 noms de famille différents, répartis sur 360 lieux, j’ai aussi accès (via Geneanet cette fois) à des informations plus exotiques, comme : la fréquence des signes du zodiaque dans mon arbre familial ou l’influence de la lune sur les naissances (en l’occurrence, dans notre cas, il n’y en a pas, les 4 phases lunaires étant également réparties).

Mais je peux aussi extraire des informations selon des critères très précis. Aujourd’hui, j’ai choisi de m’intéresser à l’âge que pouvait avoir nos ascendants au moment de leur décès.

L’extraction effectuée via Geneanet à partir de mon propre arbre généalogique (plus exactement : celui de mes enfants) donne le résultat suivant :

âge moyen au décès – données issues de Geneanet à partir de l’arbre généalogique familial – 2021

Quelques commentaires concernant ce graphique : tout d’abord, les individus ayant vécu au 17ème siècle sont trop peu nombreux dans mon arbre pour s’attarder sur les résultats obtenus à cette période.

Par contre, à partir du 18ème siècle, les données commencent à être assez fiables : ainsi, l’âge au décès se situe pendant une longue période autour de 40-50 ans, avec des variations importantes selon le sexe. On peut l’expliquer bien sûr par le fait que les causes de mortalité sont différentes (très caricaturalement, on évoquera les épisodes de guerre pour les hommes et les risques liés à l’accouchement pour les femmes). Cependant, j’ai voulu en savoir plus sur la surmortalité féminine de 1775 qui apparait nettement sur le graphique : d’après un article d’Alfred Perrenoud qui a mené des investigations sur la population genevoise aux XVIIIème et XIXème siècles (1) , « l’aggravation de la situation des femmes au XVIIIème siècle est certainement à mettre en rapport avec le développement du travail féminin« . Etant plus faibles, celles-ci meurent plus facilement d’affections pulmonaires ou des suites de couches.

Dans les années 1850, on constate un net décrochement cette fois plus marqué pour les hommes. De manière générale, on peut l’expliquer par les deux grands épisodes cholériques qui ont affecté la population française en 1832 et 1854, et également par les conséquences de la guerre franco-prussienne en 1870. Il n’en reste pas moins qu’à partir de 1860, la mortalité diminue, plus rapidement pour les femmes que pour les hommes, et la différence entre l’espérance de vie des femmes et celle des hommes commence à croître. 

Les conséquences de la guerre 14-18 et de la grippe espagnole sont encore visibles sur le graphique, mais dans une moindre mesure (peut être dû à la spécificité de mon arbre qui contient peu de poilus). Puis, l’âge moyen au décès croit régulièrement jusqu’à atteindre 75 à 85 ans dans les années 2000, avec toutefois une évolution différente suivant le sexe des individus. Si l’on en croit l’INED (Institut National des Etudes Démographiques) : « Au début des années 1990, le risque de mortalité des hommes entre 15 et 70 ans est 2,5 fois plus fort que celui des femmes du même âge, la surmortalité masculine atteignant 3,3 entre 20 et 25 ans. Depuis le milieu des années 1990, la surmortalité des hommes diminue, en France comme dans la plupart des pays industrialisés ».

Pour finir, relevons que ce graphique est assez représentatif des tendances constatées en France et dans la plupart des pays européens au fil des siècles passés, comme le montrent l’infographie et le graphique ci-dessous : une espérance de vie proche de 30-35 ans jusqu’en 1750, puis 50 ans jusqu’en 1935 et enfin 70-75 ans dans les années 60. On sait que depuis, l’âge moyen au décès ne cesse d’augmenter : en 2020, l’espérance de vie pour une femme est ainsi de 85,1 ans et pour un homme de 79,1 ans.

(1) Perrenoud Alfred. Surmortalité féminine et condition de la femme (XVIIIe – XIXe siècles). Une vérification empirique. In: Annales de démographie historique, 1981. Démographie historique et condition féminine. pp. 89-104.

Pour aller plus loin :

Eggerickx, Thierry. Léger, Jean-François. Sanderson, Jean-Paul. Vandeschrick, Christophe. (2018) Inégalités sociales et spatiales de mortalité dans les pays occidentaux. Les exemples de la France et de la Belgique. Espace populations sociétés. DOI: 10.4000/eps.7800

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