Faire et défaire, c’est toujours travailler (2) : les photos anciennes

Entre les albums légués par mes parents et qui contiennent un grand nombre de photos venant de leurs familles respectives et mes propres albums de famille, je possède en tout 22 classeurs remplis de photos. Sans compter celles qui sont en vrac dans des boîtes car à un (ou à plusieurs) moment(s) donné(s), le classement est parti à vau l’eau… Heureusement, le mode de conditionnement et de classement des deux séries d’albums est identique, à savoir : des gros classeurs avec des pochettes en plastique, contenant des planches de photos collées sur des feuilles A4, plus ou moins blanches (par souci d’économie, plus que d’écologie, mes parents utilisaient en effet des feuilles imprimées au dos). Les photos sont classées de manière chronologique, en fonction des évènements, des déplacements, des voyages, des balades, des rencontres, des repas, des retrouvailles, etc.

J’avais idée de fusionner ces classeurs un jour ou l’autre car il y avait forcément des doublons, mais le temps m’a fait défaut. J’ai juste scindé en deux le classeur d’avant 1958 (date de mariage de mes parents), pour avoir d’un côté la famille de mon père et de l’autre la famille de ma mère, ce qui m’a permis lors de mes recherches généalogiques de me référer plus facilement à telle ou telle photo, suivant qu’elle appartenait à une branche ou à l’autre. Mais cela fait déjà quelques années que je pressentais que le classement chronologique n’était plus adapté aux besoins du moment.

Je m’explique : les albums photos ordonnés de manière chronologique se prêtent bien à l’usage qu’on en fait à une certaine étape de notre vie, à savoir : prendre un album et le feuilleter, seul ou à plusieurs, avec ses grands-parents, parents, ses enfants… avec, dans ce cas, cette magnifique notion d’entremêlements et de partage des souvenirs (tu te souviens ? au fait, c’était qui lui ? qu’est ce qu’on avait ri… !). Pour ma part, j’avais par exemple l’habitude à chaque anniversaire d’un de mes enfants de ressortir l’album de l’année de sa naissance. Et ce au grand dam de mes enfants devenus adolescents qui se moquaient comme de leur première chaussette, du moment émouvant de leur premier sourire…

Mais vient le moment où les enfants partent et les albums photos restent… et on ne pense plus ni à les sortir, ni à les feuilleter. Et quand après le décès de nos parents, on rouvre leurs albums, on s’aperçoit que l’on est incapable de nommer les personnes qui apparaissent sur les photos, et surtout d’identifier celles qui font partie de notre famille.

Car, mises à part celles qui font partie de la famille proche (et en cela, il est important de les identifier), les personnes qui ont été photographiées appartiennent à la ligne de vie et aux cercles relationnels de nos parents (ou de nos grands-parents). Certes, moi, en tant que fille de mes parents, j’ai rencontré la plupart des personnes qu’ils ont côtoyées et photographiées. Au pire, j’en ai entendu parler. Mais sans doute pas suffisamment pour qu’une fois sorties du contexte, je puisse les reconnaître sur les photos. Sauf bien sûr si celles-ci sont toutes parfaitement légendées, mais cela est assez rare. Et quand bien même… il me semble que dans un esprit de transmission, je dois m’interroger sur l’intérêt que peuvent représenter les photos des amis de mes parents pour les générations à venir… car pour mes petits-enfants les liens entre les personnes ne leur sauteront pas aux yeux…

Il me semble alors que le plus important pour les générations futures, c’est de pouvoir visualiser leurs arrière-grands-parents, leurs grands-oncles, grands-tantes, de comprendre les liens généalogiques entre eux, et non de savoir qu’en juin 1985, ils étaient à tel endroit avec telle personne pour fêter un anniversaire ou l’arrivée de l’été… Le fait de ne pas pouvoir identifier une partie des personnes figurant sur les albums et ne pas pouvoir dissocier les amis des membres de la famille, peut expliquer la réticence qu’on ressent à ouvrir les albums quand nos parents ne sont plus là pour les commenter (c’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on regrette amèrement de ne pas avoir pris le temps de les regarder plus longuement avec eux).

D’où l’idée de présenter les photos autrement, en privilégiant une logique familiale (il s’agit en quelque sorte d’une généa-logique, ha ha ha !), plutôt que l’ordre chronologique pur. Raison pour laquelle je m’attelle actuellement à démanteler les anciens albums de nos parents pour m’adonner au jeu des 7 familles, histoire de regrouper les photos par branche. La branche de mon père, la branche de ma mère, avec pour chacune les photos des parents, des frères, des soeurs, des oncles, des tantes, des neveux, des nièces, etc.

Lorsque j’ai un doute, je m’appuie sur l’arbre généalogique en confrontant les dates ou j’essaie d’interroger les anciens encore vivants ou encore de comparer avec les photos détenues par des cousins ou cousines. Cela prend certes du temps mais les résultats sont satisfaisants, et en deux mois, j’ai déjà vidé deux classeurs.

Côté conditionnement, j’ai acheté chez Speciclass des boîtes d’archives spéciales photos (boîtes TAKKLAUD qui se présentent comme des tiroirs en carton), ainsi que des pochettes en cristal (papier non acide), qui me permettent de regrouper les photos soit par individu, soit par groupe familial, suivant le nombre de photos à classer. Je nomme chaque pochette, mais mon classement n’étant pas tout à fait abouti, j’en parlerai dans un prochain article.